La mélancolie des salles polyvalentes.

Publié le par Théâtre du Royaume d'Evette

Elles ont été construites pendant les trente glorieuses jusqu'au début des années 80 dans des villages ou des bourgs. Ce sont des salles capables d’accueillir toutes sortes de manifestations culturelles au sens général et artistique. Elles ont vu défiler plus souvent des mariages, des repas associatifs ou des anniversaires que des concerts de musique dodécaphonique. C’est pourquoi elles possèdent toutes une cuisine. La cuisine constitue un pan non négligeable de la culture rurale.

Elles sont sommairement équipées. Des chaises (généralement assez peu confortables) et des tables (qui brinquebalent). Dans le meilleur des cas, un podium ou une petite scène sur laquelle la troupe locale va présenter sa pièce de boulevard annuelle devant une salle comble. Au sol, du carrelage et, pour celles qui n’ont pas été rénovées, de la moquette aux murs. Quant au chauffage... Parfois des troupes professionnelles ou d’amateurs s’y risquent. Il ne faut pas craindre l’acoustique, une fréquentation souvent médiocre. En plein jour, il est impossible d’y faire l’obscurité. Pour ceux qui sont énergivores, les friteuses et autres cuisinières électriques offrent la possibilité de se brancher sur des prises triphasées. Les loges peuvent être installées indifféremment dans la cuisine, un débarras, une petite salle d’activité, le hall des toilettes ou dans un coin en repoussant les tables de ping-pong. On ne répètera jamais assez combien ces équipements ont contribué au rayonnement de la culture en milieu rural, à son insertion pratique dans le monde réel, à sa popularisation. Combien ont-elles accueilli d’expositions, de chorales, de troupes de théâtre, de marionnettistes, de musiciens, de conférences, de réunions ?

Qui étudiera la sociologie des salles des fêtes et autres foyers ruraux ?

Malheureusement, leur heure de gloire est passée. Les communes les plus riches se sont dotées de vraies salles de spectacle à en faire pâlir la plupart des troupes professionnelles des grandes villes. Les autres attendent en vain le nouveau souffle de culture populaire qui enchanterait leurs vieux murs mal isolés. Contrairement aux églises qui appartiennent au patrimoine des communes et ne risquent pas la démolition, elles ont tout à craindre de l’avenir qui, d’un coup de bulldozer, mettra un terme à leur discrète contribution pour la sauvegarde de la diversité culturelle.

Publié dans Dramaturgies

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