La dramaturgie des ouvrages fortifiés.

Publié le par Théâtre du Royaume d'Evette

La dramaturgie des ouvrages fortifiés.

Le « fort » de Meroux est une énorme casemate en béton destinée à compléter le dispositif de la ceinture fortifiée de Belfort. Autrement dit, c’est un « ouvrage ».

En façade, ces fenêtres étroites comme des yeux mi-clos lui donnent l’air ensommeillé d’un pachyderme assoupi. Pour conférer à cette masse de béton un semblant de grandeur architecturale, le maître d’ouvrage a ajouté une vingtaine de pilastres qui se tiennent droits contre les murs tels des sentinelles inutiles et ridicules.

De tout le bâtiment, ce sont sans doute les seuls éléments ayant un lointain rapport avec l’art et par conséquent la dramaturgie. Car, à l’intérieur, ce sont des chambrées, des lavoirs, des escaliers, des tourelles, des chambres de tir, des latrines (les militaires avaient prévu une place pour 70 hommes, ce qui en cas d’épidémie de gastrites devait poser quelques problèmes d’intendance), etc. Bref, tout le nécessaire à la vie de caserne et à celle des canons ou des mitrailleuses.

Le général Séré de Rivières qui a conçu ce type d’ouvrages n’a sans doute jamais imaginé, qu’un jour, l’un d’eux abriterait une salle polyvalente et que l’on y jouerait du théâtre. Et pourtant, c’est arrivé le samedi 11 février 2017, soit 104 ans après l’achèvement de l’ouvrage. L’Histoire ne dit pas si, entre-temps, il y a eu d’autres représentations. Si, par exemple, les troufions avaient leur troupe de théâtre.

Bien que le « fort » soit un monument historique, une représentation théâtrale n’y est pas un évènement historique, simplement un clin d’œil, une ironie de l’histoire. Il est sans doute plus rassurant de voir les ouvrages militaires transformés en centre culturel qu’hérissés de canons et de mitrailleuses servis par des troupes belliqueuses prêtes à en découdre.

Les jeux de rôles et autres reconstitutions militaires qui singent la guerre dans les fossés des châteaux ou des citadelles ne sont pas des représentations de théâtre. Ils sont aussi vains qu’un fort désaffecté, et simplement ridicules, car ils jettent un voile pudique sur la réalité brute de la guerre et son lot de sang et de larmes.

Publié dans Dramaturgies

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