Les lumières du Pasteur Oberlin

Publié le par Théâtre du Royaume d'Evette

Visite au Musée Oberlin à Waldersbach, petit village perché sur les pentes raides des Vosges du Nord couvertes de sombres forêts de sapins. Il a plu en ce début d’après-midi dominical. Des lambeaux de nuages s’accrochent aux sommets des épineux. Jardins en terrasses, fermes restaurées, vergers, de la verdure partout. Le Ban de la Roche est (était) un îlot de protestantisme dans une mer de catholicisme.

Lorsque le pasteur Oberlin y arrive à la fin du XVIII ième siècle, c’est un condensé de misère et d’analphabétisme. Le pasteur est une teigne. Il s’y accroche près de soixante ans jusqu’à ce que bien-être et éducation s’en suivent. Il expérimente à peu près tout ce qui est possible à l’époque : instruction, formation des adultes (aujourd’hui on dirait : formation tout au long de la vie), médecine, agriculture, élevage, protection sociale, micro crédit, écologie (mais le mot n’existe pas encore), astronomie, psychologie… C’est un piétiste (voir ce mot chez Wikipédia). Il correspond avec Alexandre le Grand, reçoit la visite de l’Abbé Grégoire, herborise, parcourt à cheval inlassablement la haute vallée de la Bruche, construit des ponts et des routes, développe l’industrie textile. Il manque d’être guillotiné par les Sans-Culotte, l’arrestation de Robespierre lui sauve la vie. Une vie dans le siècle à l’assaut de l’obscurantisme. L’entrée dans la modernité n’est pas un long fleuve tranquille, on ne badine pas avec la morale : voir les bulletins scolaires (et les verges derrière les poêles à tricoter auprès desquels sévissent les conductrices d’enfants, c'est-à-dire les institutrices) ! Dans une grosse coquille de noix, une mine en miniature ; dans son écrin, un fœtus de quelques centimètres. On part du concret, de la nature, et on s’élève à la connaissance - c'est-à-dire Dieu dans le vocabulaire du pasteur - par la raison. Le pasteur invente des outils pédagogiques à faire pâlir Célestin Freinet. On s’inspire de Pestalozzi. Accessoirement, il interroge les fantômes pour prendre des nouvelles de sa femme décédée. L’au-delà est proche et peuplé de mirages. Moins drôle, les enfants sont incités à dénoncer les mauvaises pratiques de leurs parents. Nul n’est parfait. Il y a une harpe, celle de sa femme, et un « serpent », curieuse flûte en forme de S (pour le culte, car les paysans n’ont pas les moyens de se payer un orgue).

Un  jour, le destin du pasteur croise celui du poète et dramaturge Jacob Lenz. Büchner en tire une nouvelle et Oberlin entre pour l’éternité dans le champ de la littérature. Dans le musée, il y a une salle dédiée à Lenz. Le prédécesseur d’Oberlin a créé la première bibliothèque de prêt du monde. Aucun n’a ouvert de théâtre. Dommage, on y jouerait volontiers notre version du séjour de Lenz au Ban de la Roche.

 

poete folie oberlin

Théâtre amateur Belfort

 

  

Publié dans Journal

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