Le Ploutos d'Aristophane

Publié le par Théâtre du Royaume d'Evette

Le Ploutos d'Aristophane

" A-t-on jamais touché treize talents? On n'en désire que plus ardemment d'en toucher trente. Les a-t-on dépensés, on en veut quarante ou bien on déclare que la vie ne vaut pas la peine d'être vécu. " (Chrémyle, travailleur pauvre)

Rappelons l'histoire : 

A Chrémyle, un travailleur pauvre qui tire le diable par la queue et se demande comment s'en sortir, l'oracle de Delphe conseille de suivre le premier individu qu'il croisera en sortant du temple. Celui-ci n'est autre que Ploutos le dieu de la richesse que Zeus a rendu aveugle car il avait tendance à favoriser les honnêtes gens. Ne pouvant plus distinguer les bons des méchants, il cesse de distribuer ses bienfaits et il parcourt le monde habillé en clochard. Chrémyle et son esclave parviennent à le convaincre de se soigner et de recouvrer la vue pour faire le bonheur sonnant et trébuchant de ceux qui le méritent.

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

"Il est juste que les gens de bien soient heureux et que les méchants et les athées aient le sort contraire; c'est évident. Désirant qu'il en soit ainsi ,nous avons enfin trouvé la solution. Si Ploutos recouvre la vue et cesse d'errer en aveugle, il visitera les hommes honnêtes et ne les abandonnera pas , tandis qu'il fuira les méchants et les athées. Ainsi il fera que tous soient honnêtes et riches.Or, qui pourrait jamais trouver pour les hommes rien de meilleur ? "  (Chrémyle, travailleur pauvre)

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

Ayant recouvré la vue, Ploutos s'installe chez Chrémyle ou arrivent les pauvres qui espèrent enfin avoir une vie  meilleure. Mais pas seulement, car la richesse des uns entraîne le malheur des autres. Il y a évidemment Pauvreté qui craint de disparaître et selon laquelle la richesse universelle va entraîner une catastrophe sociale (sans compter la colère de Zeus auquel les hommes ne sacrifieront plus rien).

"Si Ploutos y voyait de nouveau et se répartissait également entre tous, il n'y aurait plus personne, parmi les hommes, pour se consacrer à l'art et à la science.Si ces deux choses disparaissent, qui voudra, pour vous, être forgeron, couturier, charron, tanneur...? Ou qui voudra, déchirant le sein de la terre avec le soc, recueillir les flots de Déméter, puisqu'on pourra vivre oisifs, sans s'inquiéter de tout cela?" (Pauvreté)

Chrémyle et son esclave l'éconduisent de manière brutale.

 

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

D'autres personnages se présentent : un sycophante (un délateur), une vieille femme qui entretient un gigolo et finalement Hermès qui, n'ayant plus d'offrandes à récolter meurt de faim.

"Qu'il est doux, ô gens, de vivre heureux, surtout sans qu'il vous coûte rien! Un monceau de biens vient de s'abattre sans que nous ayons commis la moindre injustice. C'est ainsi qu'il est agréable d'être riche. La huche est plein de blanche farine et les amphores de vin rouge au bouquet agréable" (Carion, esclave de Chrémyle).

Finalement, tous les heureux nouveaux riches conduisent Poutos à l'Acropole où il reprendra sa place de gardien du trésor perpétuel.

 

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

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La tentation est grande de tirer pour notre temps des leçons socio-économiques de la pièce d'Aristophane. Les analogies et les similitudes sont nombreuses avec la situation actuelle : critique de l'inégale répartition des richesses dans le monde, de l'agent roi ou de l'homme qui,en proie à une quête incessante du superflu, nourrit une société injuste. Pour vivre dans une société juste, il faudrait se contenter de l'indispensable... Mais est-ce bien de cela dont parle Aristophane ? Rien n'est moins sûr. Gardons-nous de projeter nos problèmes sur une pièce écrite il y a 2500 ans dans un contexte social complétement différent.

Ploutos est une pièce morale, véhiculant une ironie féroce dont même les dieux font les frais. La morale voudrait que les bons soient récompensés et les méchants punis. Dans la réalité, constate Aristophane, c'est l'inverse. Donc, si l'on veut que le bien triomphe, faisons en sorte que les honnêtes gens gagnent de l'argent. Mais alors ne risquent-ils pas de se comporter comme les riches, c'est-à-dire avec cynisme et suffisance?

Il y a là une ironie de laquelle on ferait bien de s'inspirer.

Au fond, ce qu'il faut d'abord retenir des pièces d'Aristophane, c'est l'esprit de comédie. Ne pas hésiter à se moquer des dieux, des maîtres ou des prêtres, ils sont aussi mauvais et méchants que les autres hommes dont les défauts sont pendables. Bien sûr, les politiques trouveront toujours chez Aristophane de quoi abreuver les ânes idéologiques.

Mais du point de vue du théâtre, que nous apprend Aristophane ? L'usage de la dérision, de la  grossièreté, de la farce ou du rire dont la jouissance est bien supérieure à celle que peut procurer l'argent ... C'est ce qu'ont retenu les auteurs romains Térence ou Plaute, les espagnols du Siècle d'or, les italiens de la Comédia del Arte et enfin l'inoxydable Molière. Emboîtons leur le pas.

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

Extrait de l'adaptation au Fayé de Grosmagny

Publié dans Spectacles

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