Petites pièces durables :

Publié le par Théâtre du Royaume d'Evette

En guise d'introduction, le détournement d'une fable de La Fontaine:

C’est le bio qui manque le plus.

Cultivez, prenez du temps,

C’est le bio qui manque le moins

 

Un riche laboureur sentant sa mort prochaine

Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.

Gardez-vous, leur dit-il, d’utiliser les traitements

Que nous vendent les multinationales.

Les conséquences en seront fatales.

Respectez la nature mieux que je ne l’ai fait,

Un trésor est caché dedans.

Un peu de courage vous le fera trouver facilement.

Composter, choisissez vos graines, ne laissez nulle place

Aux engrais chimiques, d’OGM nulle trace.

Le père mort , les fils s’appliquent en chantant,

Deça, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an

Le champs en rapporta d’avantage.

De trésor point de caché. Le père fut sage

De leur montrer, avant sa mort

Que la biodiversité est un trésor.

 

En complément, une fable peu connue, dont on tirera une leçon très différente de l'originale:

 

L’HOMME ET LA COULEUVRE


Un Homme vit une couleuvre :
"Ah ! méchante, dit-il, je m'en vais faire une œuvre
Agréable à tout l'univers !"
A ces mots, l'animal pervers
(C'est le Serpent que je veux dire,
Et non l'Homme : on pourrait aisément s'y tromper),
A ces mots, le Serpent, se laissant attraper,
Est pris, mis en un sac ; et, ce qui fut le pire,
On résolut sa mort, fût-il coupable ou non.
Afin de la payer toutefois de raison,
L'autre lui fit cette harangue :
"Symbole des ingrats ! être bon aux méchants,
C'est être sot, meurs donc : ta colère et tes dents
Ne me nuiront jamais." Le Serpent, en sa langue,
Reprit du mieux qu'il put : "S'il fallait condamner
Tous les ingrats qui sont au monde,
A qui pourrait-on pardonner ?
Toi-même tu te fais ton procès : je me fonde
Sur tes propres leçons ; jette les yeux sur toi.
Mes jours sont en tes mains, tranche-les ; ta justice,
C'est ton utilité, ton plaisir, ton caprice :
Selon ces lois, condamne-moi ;
Mais trouve bon qu'avec franchise
En mourant au moins je te dise
Que le symbole des ingrats
Ce n'est point le Serpent, c'est l'Homme." Ces paroles
Firent arrêter l'autre ; il recula d'un pas.
Enfin il repartit : "Tes raisons sont frivoles.
Je pourrais décider, car ce droit m'appartient ;
Mais rapportons-nous-en. - Soit fait", dit le Reptile.
Une Vache était là : l'on l'appelle ; elle vient ;
Le cas est proposé. "C'était chose facile :
Fallait-il pour cela, dit-elle, m'appeler ?
La Couleuvre a raison : pourquoi dissimuler ?
Je nourris celui-ci depuis longues années ;
Il n'a sans mes bienfaits passé nulles journées :
Tout n'est que pour lui seul ; mon lait et mes enfants
Le font à la maison revenir les mains pleines ;
Même j'ai rétabli sa santé, que les ans
Avaient altérée ; et mes peines
Ont pour but son plaisir ainsi que son besoin.
Enfin me voilà vieille ; il me laisse en un coin
Sans herbe : s'il voulait encor me laisser paître !
Mais je suis attachée ; et si j'eusse eu pour maître
Un Serpent, eût-il su jamais pousser si loin
L'ingratitude ? Adieu : j'ai dit ce que je pense."
L'Homme, tout étonné d'une telle sentence,
Dit au Serpent : "Faut-il croire ce qu'elle dit ?
C'est une radoteuse ; elle a perdu l'esprit.
Croyons ce Bœuf - Croyons", dit la rampante bête.
Ainsi dit, ainsi fait. Le Bœuf vient à pas lents.
Quand il eût ruminé tout le cas en sa tête,
Il dit que du labeur des ans
Pour nous seuls il portait les soins les plus pesants,
Parcourant sans cesser ce long cercle de peines
Qui, revenant sur soi, ramenait dans nos plaines
Ce que Cérès nous donne, et vend aux animaux ;
Que cette suite de travaux
Pour récompense avait, de tous tant que nous sommes,
Force coups, peu de gré ; puis, quand il était vieux,
On croyait l'honorer chaque fois que les hommes
Achetaient de son sang l'indulgence des Dieux.
Ainsi parla le Bœuf. L'Homme dit : "Faisons taire
Cet ennuyeux déclamateur ;
Il cherche de grands mots, et vient ici se faire,
Au lieu d'arbitre, accusateur.
Je le récuse aussi." L'Arbre étant pris pour juge,
Ce fut bien pis encore. Il servait de refuge
Contre le chaud, la pluie, et la fureur des vents ;
Pour nous seuls il ornait les jardins et les champs ;
L'ombrage n'était pas le seul bien qu'il sût faire :
Il courbait sous les fruits. Cependant pour salaire
Un rustre l'abattait : c'était là son loyer ;
Quoique, pendant tout l'an, libéral il nous donne,
Ou des fleurs au printemps, ou du fruit en automne,
L'ombre l'été, l'hiver les plaisirs du foyer.
Que ne l'émondait-on, sans prendre la cognée ?
De son tempérament, il eût encor vécu.
L'Homme, trouvant mauvais que l'on l'eût convaincu,
Voulut à toute force avoir cause gagnée.
"Je suis bien bon, dit-il, d'écouter ces gens-là !"
Du sac et du Serpent, aussitôt il donna
Contre les murs, tant qu'il tua la bête.

 

Illustration: l'élevage industriel des poulets

 

On en use ainsi chez les grands :
La raison les offense ; ils se mettent en tête
Que tout est né pour eux, quadrupèdes et gens,
Et serpents.
Si quelqu'un desserre les dents,
C'est un sot. - J'en conviens : mais que faut-il donc faire ?
- Parler de loin, ou bien se taire

 

Depuis, les temps ont changé, les menaces qui pèsent sur l'humanité se sont multipliées. En voici une à laquelle on ne prête pas assez attention :

 

POURQUOI IL FAUT EXTERMINER LES TERMITES  par le professeur Tamanoir.

 

Bonsoir. J’ai intitulé cette conférence : « pourquoi il faut exterminer les termites ». Pourquoi ai-je intitulé cette conférence « pourquoi il faut exterminer les termites » ? Pour une raison simple : on raconte partout que l’activité de l’homme est la cause de l’augmentation des gaz à effet de serre. C’est faux, archi faux ! Le principal gaz à effet de serre, c’est le méthane. Tout ce qu’on raconte sur le dioxyde de carbone est un subterfuge pour détourner votre attention du vrai problème : les termites.

Les termites sont partout. Une femelle  pond sans discontinuer quarante mille œufs par jour, seize millions par an. Sachant qu’elle peut vivre cinquante ans, c’est près de huit millions d’œufs durant sa vie. Un record mondial dont on n’a pas encore mesuré les conséquences. La population mondiale de termites a dépassé et de loin celle de l’humanité. Les termites ont statistiquement la capacité d’envahir le monde et de submerger toutes les autres formes de vie animale. Or, que se passe-t-il ? Le réchauffement climatique les a poussés hors des régions tropicales où ils vivaient. Ils sont dans nos villes, dans nos caves et bientôt dans nos lits. Si nous ne les combattons pas avec la plus extrême rigueur, ils nous extermineront car ils sont beaucoup plus solidaires que nous ne le sommes. La cohérence des sociétés termites est cent fois supérieure à la nôtre, leur intelligence collective très au-dessus de ce que nous arrivons à produire collectivement. Chez les termites pas de vaines discussions, on n’encule pas les mouches chez les termites ! Pas de fables, pas de rodomontades, pas de démagogie ! Le termite est soldat, ouvrier ou nymphe. Rien d’autre. Il n’y a pas d’ambiguïté chez  les termites. Ils partagent tout, y compris la nourriture qui passe par tous les appareils digestifs de la communauté . Le premier mange la peau, le second la chair, le troisième le trognon ou les os selon qu’il s’agisse d’un végétal ou d’un animal. Quand on est termite, on ne s’interroge pas sur le sens de la vie, on ne se lamente pas sur son sort. Quand on est termite on ferme sa gueule et on bosse !

Attention, le termite est vicieux. Il vit la nuit. Le jour, il digère ce qu’il a mangé pendant la nuit et c’est à ce moment-là qu’il libère son méthane. Contrairement aux mammifères, le termite ne fait pas de bruit quand il pète, d’ailleurs il pète par la bouche, en fait il rote ! Cette saloperie pollue par la bouche et ça ne s’entend ni ne se voit.

Comment se fait la dissémination des termites ? Principalement par l’homme qui est assez stupide pour emporter son pire ennemi à la semelle de ses chaussures. De fait, quand on en aura terminé avec les termites, on s’occupera des hommes. Il n’y a pas de raison que les isoptères soient les seuls êtres vivants sacrifiés sur l’hôtel du réchauffement climatique.

Pour éradiquer les termites, je propose une mesure simple : supprimer la nuit ! Plus de nuit, plus de digestion, plus de gaz, plus de termites ! Je suggère donc de mettre en orbite une ceinture de satellites équipés de miroirs qui réfléchiront la lumière sur la partie du globe qui se trouve dans l’obscurité. Les jours sans fin se transformeront en tombeaux pour les termites. Et ne me dites pas que c’est impossible. Dans cette affaire de réchauffement climatique, ce qui manque le plus c’est le courage. J’entends d’ici les bonnes âmes qui essaieront de sauver l’isoptère au nom de la biodiversité. Et bien, je dis que ceux-là sont des traîtres à l’espèce humaine et qu’ils doivent être éliminés comme les autres !

Voilà un combat juste et nécessaire. Voilà enfin une grande et vraie cause universelle qui redonnera de l’espoir à notre jeunesse !

Hauts les cœurs, sus aux isoptères !

(Entre un termite à taille humaine vêtu d’une blouse blanche).

 Le termite

Professeur Tamanoir, c’est l’heure de votre piqûre. La pause est terminée. On vous attend en salle de soins.

  Le professeur (à part)

L’heure de la revanche a sonné. (Il sort)

 

  Suite

 

Publié dans En chantier

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article